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Johann et Rémi, devant leurs aquariums où sont reproduites 80 espèces de coraux. Photo : Béatrice Le Grand
Le corail a remplacé la langouste dans cet ancien atelier de marée du Finistère. Là, deux jeunes gens élèvent des coraux pour les animaleries.
Dans cet ancien atelier de marée, les langoustes pêchées par les Camarétois attendaient dans les viviers d'être livrées à leurs clients. Aujourd'hui, l'eau de mer, pompée plusieurs fois par semaine, nourrit d'autres animaux : des coraux. « Nous réalisons des boutures à partir de pieds de corail-mères, expliquent Rémi Plouhinec, 24 ans, et Johann Kergoat, 26 ans. Après six mois en bassin, ces boutures deviennent commercialisables. »
80 espèces
Ces bassins s'étirent en longueur. De fortes lampes chauffent l'eau de mer à 25 degrés et reproduisent le spectre du soleil. Au fond, un paysage de rêve pour aquariophiles. Une multitude de coraux (80 espèces différentes) diffusent leurs couleurs chatoyantes, comme ces bénitiers d'Australie, très rares, aux bords ourlés de lèvres bleues aux allures de velours.
« Dans les animaleries, les aquariophiles sont de plus en plus concernés par l'éthique, explique Rémi. Ils savent que le corail sauvage se raréfie. En élevage, nous ne portons pas atteinte à ce précieux élément. »
Au milieu des petits bouts de roches, slaloment de somptueux poissons multicolores. « Ils sont jolis, mais ils sont surtout là pour nettoyer l'aquarium, explique Johann, comme les crustacés et les étoiles de mer. Nous essayons de reproduire le biotope parfait. » Aujourd'hui, seules l'Allemagne et les Pays-Bas com-mercialisent du corail d'élevage. C'est là-bas que les Camarétois d'adoption vont chercher leurs pieds-mères.
Agriculteurs de la mer
Le marché n'est pas mince. « Les poissons arrivent en tête des animaux domestiques, devant les chiens et les chats, résume Rémi, qui a travaillé cinq ans dans une animalerie. On ne s'en rend pas compte car il y en a plusieurs dans un aquarium. Et les aquariophiles d'eau de mer représentent 5 % des personnes qui ont des poissons chez eux. Un chiffre en progression constante. » Les passionnés peuvent aller jusqu'à 450 € pour un corail rarissime. En moyenne, une pièce coûte entre 50 et 70 €.
Voilà deux ans que les amis peaufinent leur projet. Ils ont emprunté 90 000 € pour aménager ce local loué à la mairie de Camaret. Ils comptent arriver, dans deux ans, à produire 1 000 boutures par mois. Ils sont associés au sein d'une EARL, entreprise agricole à responsabilité limitée. « Eh oui ! nous sommes agriculteurs, des agriculteurs de la mer », sourit Johann, le seul des deux à avoir travaillé sur des bateaux de pêche côtière.
Philippe ATTARD.

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